Dans le domaine des danses en couple, il est une discipline
qui est souvent associée aux traditionnels foxtrot, lindy hop
ou autres danses pratiquées sur du jazz. Il s'agit de
ce que beaucoup appellent "les claquettes" et que d'autres
préfèrent voir appeler "la danse à claquettes", traduction directe
de son nom en anglais "tap dance". Car "faire des claquettes",
ce n'est pas simplement faire de petits sons avec ses pieds,
c'est plutôt mêler danse et percussions.
Origines
La danse à claquettes est issue de plusieurs pratiques allant
du "clogging" anglais (sorte de gigue dansée en sabots)
aux danses et rythmes africains en passant
par la danse traditionnelle irlandaise. Que ce soit du côté
des origines européennes ou de celui des origines africaines,
on retrouve un point commun dans le fait que les gens
accompagnaient leur travail du son de leurs pieds frappés
au sol. Bien sûr, entre ces cultures, les rythmes sont
différents et les traditions aussi. C'est cela qui a
initié la diversité des pas que nous connaissons aujourd'hui.
La rencontre s'est opérée à la fin du XIXe siècle et
au début des années 1900
aux États-Unis avec, d'un côté, les ouvriers émigrants
venant d'Angleterre et d'Irlande et, de l'autre côté, les
esclaves africains.
Les mouvements qui scandaient le travail passèrent de la
vie à la scène par le biais des "Minstrel Shows". Les Blancs grimés
en Noirs faisaient le spectacle en imitant ces derniers.
Jusque dans les années 1920, les frappes sont faites grâce
à des semelles en bois en deux parties (sur des chaussures
de cuir), mais devant l'usure
rapide de celles-ci, on les remplaça définitivement par des
plaques de métal, les fers (ou taps en anglais), qui pour autant sont de nos jours en aluminium. Pour
l'anecdote, notons que les moins fortunés fixaient des capsules
de bouteille sous leurs chaussures à la place de vrais fers.
Les spectacles de danse à claquettes devinrent de plus en
plus techniques et étonnants grâce au Vaudeville et à la
concurrence entre les diverses salles de spectacle aux
USA. Le mélange des styles de numéros (comiques, acrobaties,
danseurs de caractère, etc.) contribua à l'enrichissement
des numéros de danse à claquettes par l'importation de nouveaux
mouvements de plus en plus spectaculaires et innovants.
À cette époque, il était courant de se faire chorégraphier
un numéro de claquettes par un professionnel et de l'apprendre
en cours particuliers avant de le produire en spectacle.
De cette période, on connaît de nombreux artistes comme
Bill Robinson, Honi Coles, John Bubbles, les Nicholas Brothers, etc.
Évolution
La danse à claquettes devint de plus en plus populaire avec les
comédies musicales hollywoodiennes à partir des années 30
où des vedettes comme
Fred Astaire, Ginger Rogers, Gene Kelly, Ann Miller,
Eleanor Powell ou
Shirley Temple firent de cette discipline une part essentielle
du rêve américain. Ils y ajoutèrent des pas de danse classique
et la musique jazz était omniprésente dans leurs numéros
qui comportaient aussi du chant. De nombreux films
cultes de cet âge d'or sont connus de tous comme
"Top hat" (1935), "Broadway Melody of 1940",
"Chantons sous la pluie" (1952), etc.
Comme d'autres manières de danser de l'époque swing,
la danse à claquettes passa de mode avec la déferlante du
du rock'n'roll après la Seconde Guerre mondiale.
Mais le renouveau est là de nos jours grâce au retour de l'attrait du
public pour les danses traditionnelles et folkloriques (comme
les danses irlandaises) ainsi que pour le jazz et le swing.
Pour simplifier, on parle aujourd'hui
de deux principales catégories
dans la pratique de la danse à claquettes :
les claquettes irlandaises
où l'essentiel de l'attention du danseur est portée sur les
frappes et que l'on retrouve dans des spectacles comme
"Lord of the Dance".
les claquettes américaines (au début correspondant au style Broadway et comédies
musicales où les postures et déplacements de tout le corps
sont importants) qui, de nos jours, correspondent à tout ce qui n'est pas inclus dans les claquettes irlandaises ;
Il est intéressant de noter des pratiques spécifiques de la danse à claquettes comme le soft shoe, pratique
légère, classe et dansée en chaussures sans fers (le sol est alors parsemé de sable pour qu'il y ait tout de même du bruit...) ou encore le hoofing aux frappes très intenses et complexes.
Aux danseurs à claquettes, il est aussi possible d'associer, pour être complet, les
percussionnistes qui font feu de tout bois... ou plutôt
bruit de tout support comme les artistes du spectacle "Stomp"
puisqu'ils incorporent des claquettes dans leurs numéros.
Plus récemment, des artistes comme Gregory Hines ou
Savion Glover (photo ci-contre) ont continué ou continuent
de faire rêver le public américain (et les autres !)
par leur dextérité et de faire évoluer la discipline. Ce dernier fait
en particulier partie de ceux qui mêlent les rythmiques hip-hop
à la pratique de la danse à claquettes. On voit aussi
des innovations en terme de spectacle avec les "Tap Dogs",
ces Australiens
qui sont loin du sage costume et du chapeau melon
de Bill "Bojangles" Robinson
dans les années 30... Ce danseur à claquettes a marqué l'histoire
à tel point que le "Tap Dance Day" (la journée de la danse à claquettes)
est fêté aux États-Unis depuis 1989 le jour de son anniversaire,
le 25 mai.
Conclusion : danse à claquettes et danse en couple
Les claquettes sont liées aux danses en couple de plusieurs
manières. Tout d'abord, nous avons tous en tête l'image de Fred Astaire
dansant avec ses partenaires à Hollywood où, entre deux refrains et trois pas
de foxtrot, les danseurs s'adonnent à des rythmiques qui semblent
sortir naturellement de leurs semelles. On a même pu assister
à des claquettes sur patins à roulettes dans "Shall we dance"
("L'Entreprenant Monsieur Petrov" en version française). La danse à claquettes est donc
particulièrement esthétique
en couple, mais cette manière de les pratiquer a un peu été oubliée de nos jours.
Il est toutefois à noter que la danse à claquette continue de se développer non seulement
sous l'impulsion d'Américains, mais aussi d'Européens dont certains ont acquis
une réputation excellente. Second argument,
plus technique, le développement des qualités de danseur à claquettes
permet d'améliorer son équilibre, son aisance et ses jeux de jambes dans les
danses à deux comme le rock, le lindy hop,... et même la valse.
Comme exemple de danse à claquettes, nous avons choisi de vous présenter
un extrait de "Swing Time", un film de 1936, où Fred Astaire et Ginger Rodgers
jouent et dansent une scène de claquettes à deux.
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