L'imaginaire collectif est très vivant par rapport à Tahiti :
des grandes plages désertes, des cocotiers, la mer bleue turquoise,
sans oublier les vahines (prononcer "vahiné") qui, au son des ukuleles,
dansent le "tamouré" vêtues d'un soutien-gorge en noix de coco,
un pagne en feuilles de bananier et
la fleur de tiaré fixée au-dessus d'une oreille. C'est très caricatural,
évidemment. En réalité, la danse tahitienne doit être appelée
'ori tahiti (le mot ori signifie "danse" en tahitien).
Mais d'où provient donc alors cette histoire de tamure ?
Le tamure est à l'origine un poisson de la famille des becs de cane
et présent dans les archipels de la Société et des Tuamotu. Une chanson
fut composée après la Seconde Guerre mondiale avec le mot tamure
dans son refrain. Comme sa mélodie était basée sur les rythmes traditionnels
tahitiens, on eut tôt fait d'associer le nom du poisson à ceux-ci
ainsi que, par ricochet, à la danse qu'on pouvait effectuer dessus.
Il existe toutefois une autre
hypothèse quant à l'utilisation de ce mot : il semble que Cook ait
décrit des danses indécentes qu'il appelle "timorodee" vers 1780 et qu'il
utilisait donc le mot tamure en l'ayant déformé.
Origines
Lorsque les explorateurs Wallis, Bougainville (qui qualifia l'île de
"Paradis terrestre" à son premier voyage) et Cook se rendirent
(successivement) à Tahiti à partir de 1767, ils y virent des habitants
vivant dans une société hiérarchisée, où les conflits étaient fréquents,
où des actes de cannibalisme existaient, où le corps et les relations
sexuelles n'étaient pas contraints. Ils remarquèrent particulièrement
que les femmes dansaient nues ou presque. On pense bien que les
premiers missionnaires protestants qui arrivèrent sur l'île en 1797
ont eu tôt fait de combattre ces gestes indécents et ces danses
lascives, en particulier l'upa upa qui se dansait en couple.
La seule exception dans le domaine de l'indécence était
le hura, une danse ancienne, qui pratiquée dans un habit
richement élaboré. Tahiti est massivement convertie au christianisme
en 1815 et en 1842 arrivent les Français qui autorisent les danses
du pays (mais avec modération et décence). La Fête nationale
est établie le 14 juillet 1881 tout comme en France et cela correspond
aux fêtes de Tiurai (les fêtes de juillet). C'est dans ce cadre que
la danse regagne peu à peu du terrain aux côtés des himene,
les chants traditionnels. Sortant de sa clandestinité, la danse
refait surface à partir de 1956 avec le réveil de la conscience
culturelle polynésienne et sous l'impulsion de Madeleine Mou'a.
Suite à un séjour en France métropolitaine où elle a vu des groupes
folkloriques auvergnats, cette institutrice décide de créer l'équivalent
à son retour à Tahiti en créant le groupe Heiva. La danse est particulièrement
à l'honneur lors du Tiurai où des concours de danse sont organisés.
En 1984, le Tiurai est renommé Heiva (toujours au mois de juillet) et cela marque
aussi le début d'une certaine codification des mouvements de la danse.
Évolution
La danse traditionnelle tahitienne traduit une relation entre l’homme et la nature.
Elle regroupe toute une famille de mouvements suivant des règles relatives à l’espace,
la durée et le rythme marqué par les percussions traditionnelles.
La danse est individuelle ou collective.
Le 'ori tahiti est composé de quatre types de chorégraphies (que l'on peut
qualifier de danse à proprement parler) :
le 'ote'a, le hivinau, le pa'o'a et le 'aparima.
Le 'ote'a :
danse de groupe d'origine guerrière, où les danseuses et
danseurs sont disposés en colonnes
ou en alignements étudiés, et
accompagnée exclusivement d’instruments à percussion. Le ote'a correspond
bien souvent à l'image de carte postale que l'on se fait de la danse tahitienne.
Le hivinau,
danse configurée en deux cercles concentriques et accompagnée de tambours et d’un soliste vocal masculin (meneur) auquel les danseurs répondent en choeur. Les thèmes abordés ont trait aux tâches de la vie quotidienne.
Le pa'o'a,
danse sensuelle en demi-cercle (parfois en cercle fermé) durant laquelle des couples composés d'un danseur
et d'une danseuse se lèvent successivement pour improviser une danse au centre, les autres danseurs, accroupis, tapent des mains en cadence.
Le 'aparima,
danse gracieuse où les danseurs miment des scènes de la vie quotidienne correspondant
aux paroles d'un chant au son de la guitare et du ukulele. Les mouvements
de mains ont naturellement une grande importance ici ('aparima peut être traduit en français par "mimer avec les mains").
Au niveau des mouvements proprement dits, le roulement circulaire des hanches des danseuses
et les ciseaux effectués par les danseurs sont connus. Cependant, les bases ne
se limitent pas qu'à cela. Les danseuses doivent maîtriser cinq mouvements fondamentaux
du bassin ou du ventre dont il y a ensuite de nombreuses variantes. Le mouvement des
mains est aussi très important en particulier lors du 'aparima, comme je l'ai dit plus haut. Les danseurs,
quant à eux, font des mouvements plus masculins et amples, il y a des sauts, des coups
de pieds, des flexions de genoux, etc. Le fameux pas des ciseaux (pa'oti, voir illustration
ci-contre) est
d'ailleurs présent dans une autre danse qui n'a rien à voir : le lindy hop.
On les y appelle les crazy legs (les "jambes folles" en français).
De nos jours, la danse tahitienne continue
d'évoluer. De grands groupes comme
les Grands Ballets de Tahiti (photo ci-contre) y incorporent de la nouveauté sous la forme de mouvements
issus de la danse contemporaine ou de la danse classique. L'opposition entre tradition
et modernité est donc présente dans certaines chorégraphies modernes de 'ori tahiti.
Par ailleurs, la danse est naturellement influencée par d'autres formes de danse
traditionnelle comme le hula venu de Hawaii.
Depuis la fin du XXe siècle, les danses traditionnelles tahitiennes connaissent de
nouveau une grande popularité et un grand nombre d'écoles de danse voient le jour.
La musique est aujourd'hui jouée par des tambours polynésiens (je passe ici sous silence
les noms des instruments en tahitien, peu familiers en dehors de la Polynésie),
des flûtes nasales, des guitares, de ukuleles et parfois du didgeridoo
et d'autres instruments traditionnels
comme le pu, la conque marine, qui marque souvent le début d'une prestation.
Les costumes contemporains sont divisés en trois types : le grand costume (souvent porté
en début de spectacle et marqué par sa grande jupe en fils d'écorce d'hibiscus et
sa coiffe), le costume végétal (marqué par la couleur verte des feuilles de végétaux
qui le composent) et le costume en tissu (marqué par le paréo de tissu imprimé de
motifs polynésiens et parfois de la couronne de fleurs).
Comme exemple de danse tahitienne, nous avons choisi de vous présenter
une vidéo de novembre 2008, tournée lors d'un récital (par "kcocadiz"), où l'on
voit particulièrement bien l'action des pieds et des jambes
permettant le mouvement des hanches lors de ce 'ote'a.
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