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Le blog UltraDanse.com regroupe les billets écrits par
Christian Rolland, danseur, enseignant, auteur et éditeur de livres
portant sur la danse. Les articles sont affichés par ordre chronologique inverse
(du plus récent au plus ancien) et sont groupés cinq par cinq afin que chaque
page ne soit pas trop longue à faire défiler. N'hésitez pas à ajouter un commentaire
sur tel ou tel article.
Il y a quelques jours, j'ai vu un film de 1937, "Un carnet de bal",
réalisé par Julien Duvivier avec, entre autres, Marie Bell,
Fernandel, Raimu et Louis Jouvet. Il raconte l'histoire d'une veuve qui,
à la mort de son mari, décide de retrouver tous les jeunes hommes
listés dans son carnet de bal ayant servi à ses 16 ans, lors de
son premier bal. En dehors de cela et d'une petite scène dudit bal,
pas plus de rapport avec la danse dans ce film. Cela dit, il
pose le problème philosophique du "que serais-je devenu
si j'avais fait un autre choix ?"
et des conséquences de nos décisions sur la vie des autres. Question que l'on se pose sûrement lorsqu'on vient de s'étaler par terre après s'être emmêlé les pinceaux sur la piste de danse en entraînant avec soi son (ou sa) partenaire...
Mais revenons à ce fameux carnet de bal qui donne son titre au film
(et dont je vous présente une image ci-dessus).
Le carnet de bal commence sa carrière au début du XIXe siècle en tant qu'un discret
éventail de minces feuilles d'ivoire où les jeunes filles écrivaient
le nom des hommes (jeunes ou non) à qui elles accordaient une danse. Il
s'agissait donc d'un aide-mémoire afin de ne pas froisser untel ou untel
en oubliant pour quelle danse celui-ci devait être son cavalier. À cet
éventail se trouvait généralement relié, par une cordelette,
un porte-mine permettant d'ajouter
de nouveaux noms. Comme ce support était réutilisable, les noms étaient
ainsi effacés au lendemain du bal afin que l'objet puisse de nouveau être prêt à l'emploi pour
l'événement suivant. Dans certains cas, le carnet pouvait être
associé à un autre accessoire de bal comme un petit flacon à sels
(au cas où sa propriétaire se sente défaillir...).
Ainsi, la danseuse
danse-t-elle en permanence avec son carnet de bal sur elle. Certains modèles
comportaient une chaînette munie d'un anneau que les dames passaient au doigt
afin de ne pas perdre leur précieux aide-mémoire.
Il existait aussi des carnets de bal à usage unique sous la forme d'une ou deux
feuille(s) de carton gaufré où était inscrite à l'avance la liste des danses
composant le programme de la soirée. En face de chaque danse, se trouvait réservé
l'espace nécessaire pour inscrire le nom des cavaliers ayant réservé telle ou telle
danse (valse, polka, galop, etc.). Vous pouvez en avoir un aperçu ci-dessus avec
le porte-mine associé.
En évoluant, le carnet de bal s'adapte à divers usages et se perfectionne.
De la simple feuille, on passe au petit carnet (le fameux "carnet de bal")
ayant donné son nom au film de Duvivier que j'ai mentionné au début de ce billet.
Le programme n'est pas forcément imprimé sur les pages, mais on y trouve
un ensemble de lignes précédées soit d'un numéro correspondant au numéro d'ordre de
la danse dans le programme de la soirée, soit de la mention "1re danse", "2e danse", etc.
Ainsi, le carnet de bal pouvait-il s'appliquer à n'importe quel programme de
danses puisque rien n'était imposé en la matière. Ces carnets étaient protégés par
une couverture cartonnée qui comportait en option un anneau permettant de recevoir
un crayon à papier.
Voici qui vous donne un tour d'horizon
de ce qu'était ce carnet de bal qu'on ne voit plus de nos jours dans les soirées
dansantes. Pourtant, un tel accessoire pourrait se révéler bien utile, mais
pas tout à fait comme on l'entendait au début du XXe siècle. En effet, de nos jours,
il pourrait être utilisé par les hommes à la place des femmes. Je m'explique. Les
hommes étant souvent moins représentés en soirée dansante par rapport aux femmes,
les rôles sont de plus en plus souvent inversés. Ce sont les danseuses qui
sollicitent les danseurs afin d'obtenir une danse (parfois deux si elles ont
de la chance). Ainsi, si les hommes participant à une soirée disposaient d'un petit
carnet de bal pour être sûrs d'accorder des danses aux plus de danseuses possible,
cela simplifierait leur tâche. J'avoue avoir parfois promis une danse à une
personne en début de soirée et ne pas avoir l'occasion de danser avec elle
avant la fin. Lorsque nous nous croisions, soit je dansais déjà avec quelqu'un,
soit elle se faisait inviter par un autre, soit c'était à la sortie de la salle
et il me fallait alors faire la promesse d'une danse lors de la soirée suivante.
Avec un petit carnet de bal, cette personne nous aurions convenu dès le
début à quel moment de la soirée nous aurions pu nous retrouver pour la danse
promise ! Certaines pratiques dites désuètes pourraient donc se révéler bien
pratiques de nos jours...
Cette année, comme tous les ans depuis 1982, la journée
de la danse est fixée au 29 avril par l'Unesco (United Nations
Educational, Scientific and Cultural Organization), organisme
de l'Onu qui traite des problématiques d'éducation, scientifiques,
culturelles et de communication entre les nations. Cela est un résumé
forcément incomplet, mais ceux qui sont intéressés par cet organisme
dont le siège est à Paris pourront se rendre sur son site web. Dans son rôle culturel l'Unesco prend
en charge le domaine de la danse dans le monde via le CID
(Conseil International de la Danse), organisation non gouvernementale
représentant de l'art de la danse au plus haut niveau et reconnue
par les gouvernements nationaux et individus de plus de 150 pays.
Là aussi, il y a un
site web (que vous pourrez consulter en français en cliquant sur le
mot "Français" sur la gauche).
La journée de la danse a été instaurée par le CID il y donc
28 ans pour "attirer l'attention du grand public sur l'art de la
danse et, tout particulièrement, de toucher un nouveau public
qui ne se sent pas concerné dans l'année par les événements de danse."
Et, selon cet organisme, "les manifestations de la Journée de la Danse
peuvent être des événements spécialement conçus pour cette occasion,
des cours portes-ouvertes, des répétitions publiques, des conférences,
des expositions, des articles dans les journaux et magazines,
des soirées dansantes, des programmes à la radio et à la télévision,
des visites, des démonstrations de rue, etc." Et le président du CID,
Alkis Raftis, de continuer : "La Journée de la Danse peut être
l'occasion d’utiliser des espaces "nouveaux" : rues, parcs, places,
magasins, usines, villages, discothèques, écoles, stades, musées, etc.
En fonctionnant dans un contexte inhabituel, vous mettez l’accent sur
le fait que votre événement est dédié à la famille planétaire des
danseurs." En reprenant ici ses propos presque deux mois à l'avance, j'espère
que certains d'entre vous auront le temps de préparer et
l'envie de marquer à leur manière
cette journée qui est celle de notre communauté de danseurs
(du hip-hop à la valse
en passant par la salsa et la danse classique). Chaque initiative
permettra de faire découvrir à nos voisins tous les bienfaits de
la danse au niveau social, du bien-être, physique (et sportif), etc.
Je m'aperçois que beaucoup de gens ignorent que danser est tout
à fait accessible à tous et qu'il n'est pas besoin de faire le
grand écart pour s'amuser en dansant. Ainsi, la journée de la danse
doit-elle être tournée vers ceux qui pourraient découvrir les
différentes formes de danse
au détour d'une rue, dans un centre commercial ou encore
près de leur lieu de travail. Et si le jour du jeudi 29 avril
ne vous convient pas, pourquoi ne pas organiser votre événement
durant le week-end suivant ? Pour les danseurs, c'est tous
les jours la journée de la danse, non ?
L'Unesco maintient aussi une liste de patrimoine culturel immatériel
nécessitant une sauvegarde urgente et, régulièrement, le
Comité intergouvernemental
de sauvegarde du patrimoine immatériel se réunit afin de
décider d'y intégrer des éléments nouveaux.
La quatrième session (la plus récente à ce jour) s’est tenue
à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) à la fin du mois
de septembre 2009 et on y a discuté l'ajout de nouveaux
éléments dans le domaine de la danse. Il y a le tango
(Argentine et Uruguay) ainsi que la danse traditionnelle Ainu (Japon)
et la danse des fermiers du groupe ethnique coréen en Chine.
J'avoue que je n'imaginais pas que le tango argentin nécessitait
une sauvegarde urgente. Dans les textes dirigeant ces actions
au sein des États membres, il est précisé que ces derniers "doivent prendre
les mesures nécessaires pour garantir la sauvegarde de leur patrimoine"
et que "sauvegarder ne signifie pas pour autant fixer ou figer le
patrimoine culturel immatériel sous quelque forme « pure » ou
« originelle ». La sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
consiste à transférer les connaissances, les savoir-faire et
les significations." Il me semble que cela cadre tout à fait
avec ce que font les amateurs de danse d'une manière générale.
En effet, les écoles de danse sont censées enseigner et transmettre
les bases fondamentales des danses tout en favorisant l'autonomie
des élèves dans leur pratique lors de soirées dansantes par exemple.
Cela correspond au juste milieu entre le fait de rester figé dans
ce qui se faisait au temps de nos aïeuls et tomber dans le piège
de la modernité à tout prix en déformant l'esprit de la danse.
Pour moi, une danse peut évoluer et bénéficier des apports et influences
de chaque époque tant que l'on reste dans le même état d'esprit
que ceux qui ont contribué à la créer, ou alors on crée une nouvelle
danse avec un esprit tout à fait différent. En réalité, il faut
avoir quelques années de recul et d'observations pour se faire une idée
à peu près claire sur l'évolution d'une danse.
Beaucoup de personnes qui commencent l'apprentissage de la valse
(viennoise ou musette, peu importe) font face au problème de
la tête qui tourne après deux tours sur soi. Je me propose donc de
vous parler de ces rotations qui parsèment la danse et qui sont
omniprésentes dans les figures de patinage artistique que l'on voit
aux Jeux olympiques d'hiver en ce moment.
Lorsqu'on tourne sur soi même, les yeux doivent en permanence
se réadapter et faire la mise au point sur ce qu'ils ont en face d'eux.
Le cerveau n'arrivant plus à se fier aux informations transmises
par les yeux, il essaye de se baser sur celles provenant de notre
oreille interne qui contrôle l'équilibre. Or, comme on est en
permanence en mouvement, là non plus point de salut et on
a cette sensation de vertige.
Ce phénomène de la tête qui tourne, est appelé
"vertige positionnel paroxystique bénin"
par les médecins et est en réalité une sensation de déplacement
erronée des objets par rapport à soi.
La solution à ce problème physiologique peut être de deux ordres.
Premièrement, il faut savoir que l'entraînement améliore beaucoup
les choses. Plus on tourne, plus on en acquiert l'habitude et
notre cerveau s'adapte de plus en plus. Cela explique pourquoi les
valseurs de longue date n'ont plus ce problème de la tête qui
tourne même sur une valse musette à 70 MPM. Ainsi, les débutants
doivent-il tourner et tourner encore afin de gagner en aisance.
Mais ce n'est pas tout. Deuxièmement, il est possible de faire
tourner la tête d'une certaine manière afin de donner aux yeux
le temps de faire la mise au point et d'envoyer une information
fiable au cerveau. Je vais détailler cette méthode ci-après.
Enfin, je pourrais citer une autre méthode : fermer les yeux.
Mais cela n'aide pas beaucoup pour danser en soirée...
La fameuse méthode pour tourner sans avoir le vertige est
bien connue des danseuses de classique ou de modern'jazz. Elle
consiste à fixer un point devant soi (1) le plus longtemps possible.
Ainsi, la tête reste fixe (2) alors que le corps commence à tourner.
Lorsqu'il n'est plus possible à la tête de rester dans cette position,
cette dernière effectue très rapidement quasiment un tour complet (3)
afin de fixer de nouveau le point de référence. À ce moment,
la tête est en avance par rapport au corps qui continue de tourner
à vitesse constante et la rejoint dans la position finale (4). Ceci permet au cerveau de recevoir les bonnes informations et en plus c'est joli à regarder.
Voici les schémas correspondants pour mieux fixer ce que je raconte.
En valse, c'est généralement le danseur qui se plie à cet exercice.
Pour ce qui est de la danseuse de valse, dans les bras de son danseur,
il lui est possible de simplement fixer un point situé sur l'épaule de
son partenaire. Dans ce cas, elle n'aura pas le tournis, mais elle
manquera probablement tout un tas de choses intéressantes qui se
déroulent dans la salle de danse... Afin de ménager sa danseuse
moins expérimentée, le danseur expérimenté prendra soin d'alterner
les tours à gauche et les tours à droite afin que cette dernière n'ai
pas le vertige. Un dernier truc : si, malgré tous ces conseils, vous avec
encore la tête qui tourne après une série de tours à droite, il vous
suffit de tourner rapidement sur vous-même dans le sens inverse afin de
faire disparaître cette sensation illico presto !
Je profite de l'occasion du thème de cet article pour vous
proposer une petite expérience... Ci-contre, vous voyez une danseuse
qui tourne sur elle-même. Elle semble flotter dans l'espace et
on ne voit que son ombre en 2D. Il va sans dire qu'elle n'applique
pas l'astuce dont j'ai parlé plus haut, mais cela n'a rien à voir
avec ce qui va suivre. La question est : dans quel sens la voyez-vous
tourner ? Certains la voient tourner à droite, d'autres la voient
tourner à gauche. Ce type d'illusion d'optique est toujours amusant,
car il est censé dévoiler comment notre cerveau travaille.
Dans cette animation, la danseuse ne tourne par plus particulièrement
dans un sens que dans l'autre. Comme c'est une image en 2D, c'est notre
cerveau qui recompose le mouvement en 3D. Certains disent que
ceux qui voient la danseuse tourner à droite ont une prédominance
de l'hémisphère droit (intuitif, aléatoire, irrationnel, synthétique,
subjectif, s'intéresse à la totalité) alors que ceux qui la voient
tourner à gauche ont une prédominance de l'hémisphère gauche (logique,
séquentiel, rationnel, analytique, objectif, s'intéresse aux détails,
siège su langage).
En tout cas, cette illusion est issue d'une expérience de l'université
de Yale lors de recherches sur l'épilepsie
et dont les conclusions sont tout de même contestées dans
le milieu scientifique.
En regardant un peu autour de l'image, puis en ramenant votre regard
sur celle-ci, il se peut que vous obligiez votre cerveau à reconstruire
sa perception du mouvement. Et il se peut que la danseuse vous semble
tourner dans le sens opposé. Personnellement, j'arrive à lui faire changer
de sens comme je veux.
Pour vous amuser encore plus avec cette illusion d'optique, voici
une vidéo dont l'auteur a marqué les contrastes par des lignes blanches
afin que le cerveau identifie à coup sûr le sens de la rotation.
On voit donc, sur l'image de droite, la danseuse qui tourne à droite
et, sur l'image de gauche, la danseuse qui tourne à gauche.
Si vous continuez de regarder cette animation (relancez la vidéo si
nécessaire) en plissant les yeux, cela enlève un certain niveau de détail
à ce que vous regardez et vous vous apercevrez probablement que les danseuses tournent
à présent toutes les deux dans le même sens... Il vous sera alors impossible
de les faire tourner séparément dans un sens différent.
Voilà, voilà... Si après tous ces essais de contrôle de votre
perception du mouvement, vous avez la tête qui vous tourne,
c'est peut être normal. Reposez-vous ou faites quelques pas de danse
pour que ça aille mieux !
Il arrive souvent qu'une personne souhaitant apprendre à danser
se présente dans une école de danse pour des cours particuliers et
découvre que l'apprentissage doit être plus long qu'elle ne l'avait
envisagé. Évidemment, tout le monde aimerait savoir danser en un
clin d'oeil et sans effort. Malheureusement, cela n'est pas possible.
Pourtant, il y a des gens qui prétendent qu'on peut tout danser
en ne maîtrisant qu'un seul ensemble de pas. Je suis tombé,
il y a quelques mois, dans une librairie (je ne me suis pas fait mal
, je vous rassure ), sur un livre
qui le prétendait en tout cas. Je n'ai plus exactement le titre en
tête, mais il me semble que cela ressemblait à "Manuel de l'homme parfait".
Peu importe. En tout cas, ce livre regroupait tout un tas d'astuces
et de raccourcis (ouvrir une bouteille de champagne, défaire un soutien-gorge avec une seule main, réussir la manoeuvre de Heimlich, etc.)
pour permettre à monsieur Tout-le-Monde de devenir
cet homme parfait qui fait tomber les femmes (décidément, tout le
monde tombe aujourd'hui... ).
Comme la Saint-Valentin vient de passer, je vais vous donner le
secret pour ce qui concerne la danse en couple. Ca pourra servir
à certains d'entre vous l'année prochaine !
Ce fameux livre décrivait un pas
soi-disant universel à la rythmique comme suit : "lent,
vent, vite, vite", puis on recommence. Cela m'a fortement rappelé
le "Magic Step" (traduction française : le pas magique) d'Arthur Murray.
Et je crois que l'auteur du livre y a trouvé son inspiration.
Pour mémoire, Arthur Murray (ci-contre avec son épouse)
est un célèbre professeur de danse
né en 1895 et décédé en 1991. Il a particulièrement été connu par
ses cours de danse télévisés et les écoles de danse sous licence
disséminées dans tous les États-Unis. Pour la petite histoire, Jane,
la fille d'Arthur Murray a épousé le docteur Heimlich qui a donné son nom
à la fameuse manoeuvre que l'on enseigne en stages de premiers secours.
Il y a tellement à dire sur ce monsieur que je lui consacrerai un
article entier ultérieurement.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre fameux "Magic Step",
le pas magique. En plus de l'enseigner, Arthur Murray en parle dans
son livre "How to become a good dancer" ("Comment
devenir un bon danseur"), écrit en 1938 et réédité jusqu'en
1959 (c'est tout du moins l'édition dont je dispose). Il situe ce
pas dans le contexte du foxtrot, mais certains d'entre vous auront
malgré tout reconnu une rythmique familière à d'autres danses.
Voici comment le présente Arthur Murray (je vous le traduis en français).
Après trente années d'expérience, j'en suis arrivé à une découverte
qui a changé notre système d'enseignement du foxtrot dans son ensemble.
J'ai trouvé qu'un seul pas facile était la base de 75 pour cent de tous
les pas populaires du foxtrot. Une fois qu'une personne maîtrise le rythme
de cet unique pas, ce dernier peut être utilisé de 27 différentes façons.
Je l'ai donc appelé le Magic Step, le pas magique -- ceci parce que son
rythme fonctionne comme par magie !
Avant que je ne découvre le rythme du pas magique, toutes les variations du foxtrot
devaient être apprises séparément. Toutes les combinaisons avaient
des comptes différents qu'un élève devait mémoriser.
Mais à présent, avec le pas magique, on apprend uniquement
un motif rythmique de deux comptes "lents" et de deux comptes "vite", ce qui
devient très rapidement quasiment automatique. La musique semble vous guider
sans que vous ayez à penser "Que dois-je faire ensuite ?".
Le motif du pas magique en lui-même peut être fait en avant ou en arrière
et, comme c'est un précieux raccourci vers le fait de bien danser le foxtrot,
je vous conseille de passer un bon moment à l'apprendre et à le pratiquer.
Le pas magique à lui seul peut mettre le pied à l'étrier à un débutant
de bonne manière et l'amener à une danse de qualité.
Le schéma de base de déplacement du danseur est représenté dans la figure
ci-dessus : en avant, en avant, de côté, assemblé. Il suffit de danser ce pas
le long de la ligne de danse et l'on obtient un foxtrot "à la Murray". Ensuite,
il n'y a plus qu'à transformer ce pas pour changer les directions, tourner, etc.
À partir de là, Arthur Murray ajoute le "Senior Walk" pour tourner d'un quart de
tour à droite, puis un quart de tour à gauche et l'on obtient quasiment le pas
de base pratiqué aujourd'hui en quickstep (en forme de "W"). Dans la progression,
on trouve aussi le "Junior Walk" (en déboîté), le "Conversation Step" (position
promenade) et il introduit même un "Magic Right Turn", le tour à droite magique...
En tout cas, si vous voulez en savoir plus, ne cherchez pas ce livre dans le commerce :
il n'existe plus depuis longtemps.
Comme je l'ai laissé entendre, on retrouve la rythmique de ce pas (mais avec une autre
technique de pas)
dans d'autres danses comme le tango, le pas marché du rock ou le collegiate shag, sans compter
les variantes du foxtrot. Certains s'en servent aussi pour danser le slow
(mais en réalité cela s'apparente plutôt au slow fox). Dès qu'une musique
(en 4/4 ou 2/4) n'est pas trop rapide, le "lent, lent, vite, vite" peut être
utilisé (ou peut-être "lent, vite, vite, lent" résonne-t-il mieux à vos oreilles ?).
Il est sûr que certains messieurs ne s'en sont pas privés
pour séduire lors de soirées ou repas dansants au son d'un grand orchestre
de jazz. Classe et décontraction. Bien entendu, ce "Magic Step" ne fonctionne
pas dans le cadre de danses à 3 temps ou des danses stationnaires. On
peut donc dire que le pas universel n'existe pas et qu'il faut malgré tout
travailler beaucoup différentes techniques pour devenir le danseur parfait !
Sortons un peu du domaine strict de la danse (mais pas tout à fait...)
à l'occasion de cet article. Je vais vous parler un peu de typographie.
Pour simplifier, la typographie est l'art de mettre des caractères
ensemble pour former des mots. C'est ce qu'ont fait pendant longtemps
les imprimeurs avec leurs caractères en plomb (à l'envers) qu'ils assemblaient
en lignes en vue de l'encrage qui amène à l'impression sur papier.
Ça, c'est ce que faisait Gutenberg, l'inventeur de la discipline
au XIXe siècle. De nos jours, les imprimeurs travaillent de plus en
plus grâce aux technologies numériques et l'encrage du papier est
piloté par des ordinateurs. Or, il y a des ordinateurs dans la plupart de nos maisons et chacun peut devenir lui-même son propre imprimeur pour des petits besoins.
Je ne vais pas détailler ici une par une les règles de typographie, mais
je souhaite mettre en évidence la partie un peu plus "créative" de la
typographie. Elle se situe non seulement au niveau de la disposition des
caractères sur une page, mais aussi dans le choix des polices de caractères.
Lorsqu'une personne débute dans la réalisation d'un document sur
ordinateur, elle tombe assez facilement dans des pièges qui aboutissent
à un document (affiche, formulaire, etc.) réellement moche.
Eh oui, un logiciel comme MS Word donne accès à tellement de possibilités
en quelques clics de souris qu'on a vite fait d'en abuser. Regardez donc
le petit exemple ci-contre.
On voit que l'auteur de cette affiche a cédé à toutes les tentations :
polices de caractères trop nombreuses, effets visuels à gogo, mise en
page contre-productive, couleurs mal utilisées, petits smileys inutiles,
etc. Peut-être vous donnerai-je ultérieurement les règles et bonnes pratiques
pour concevoir une affiche qui soit lisible et qui fasse passer le bon
message. Ce qui suit est déjà un premier pas... Je voudrais en effet
vous faire remarquer les caractères utilisés pour écrire les mots
"valse", "rock" et "tango" qui sont tout à fait inadaptés.
Lorsqu'on écrit un titre ou quelques éléments de texte pour une
affiche, on essaye de faire passer un message. Ce message est inclus
dans le fond du texte, mais aussi dans la forme de celui-ci. Le choix
d'une police de caractères est important pour cela. Regardez donc les
mots suivants.
La police de caractères utilisée pour chaque mot correspond bien
à l'ambiance qu'ils décrivent respectivement. Le mot "douceur" est
composé de caractères aux lignes arrondies et on imagine qu'ils
peuvent contenir de l'air. Le mot "cirque" est composé des habituels
ornements d'un cirque dans la mémoire collective
et l'on associe facilement cela aux animaux dressés et la pointe
interne aux lettres fait penser à un chapiteau. Enfin, le mot
"karaté" fait penser au Japon grâce à sa référence à la typographie
asiatique à l'encre de Chine. Lorsqu'on réalise un dépliant, une affiche
ou tout autre document où se trouve du texte à "impact", il faut donc
réfléchir à la police de caractères à utiliser pour un meilleur message.
Regardez l'exemple ci-dessous avec les mots "salsa", "valse" et "rock'n'roll"
"charleston" écrits de différentes manières. Si l'on souhaite que
l'ambiance de la danse transparaisse dans l'écriture de son nom,
le choix est vite fait.
Alors, quelle ligne choisiriez-vous ? On pourrait dire que
c'est très subjectif, et c'est en partie vrai. Cela dit écrire "salsa" avec
des caractères symbolisant de la neige (ligne 3) symbolise mal la chaleur
de la danse. De même, la valse (ligne 1) ne semble pas faire partie des
disciplines habituelles du cirque et le charleston n'est pas
synonyme de technologie et d'affichage LCD (ligne 3) et pas plus
de culture hip-hop et de tags (ligne 2)... Il nous reste donc la ligne 4
où l'on voit la classe de la valse viennoise, l'aspect rebelle du rock,
la créativité de la salsa et l'ambiance Cotton Club du charleston.
C'est, je l'avoue, un ressenti personnel et d'autres polices de caractères
auraient pu convenir. Mais j'espère que vous aurez compris l'idée générale
présidant à la suggestion d'une ambiance rien qu'en écrivant un mot.
Pour finir, il est clair qu'il ne faut pas abuser de ce type de
procédé. L'exemple de l'affichette "moche" présentée plus haut
en est l'illustration. Même si les mots étaient écrits dans une police
correspondant à l'ambiance associée à leur signification, si l'on change
de police à chaque mot, il n'y a plus rien qui passe dans ce fouillis
de caractères... C'est comme en danse : il est dangereux de trop mélanger
des styles différents dans une même danse, car il en résulte que l'on ne
sait plus ce que l'on danse. En revanche, il faut qu'il y ait un minimum
de style et de technique pour donner corps à une danse et engager la
communication entre les partenaires entre eux ou entre les danseurs
et le public.